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Démantèlement des centrales nucléaires en fin de vie

publié le 2 mars 2016

Les Amis de la Nature demandent l’harmonisation des règles de provisionnement pour le démantèlement de centrales nucléaires.

Selon un document de travail de la Commission européenne, de lourds déficits sont relevés quant au financement de provisions pour le démantèlement de centrales nucléaires arrivées en fin de vie. Il en ressort que dans l’ensemble de l’UE plus de 120 milliards d’euros font défaut pour le démantèlement des centrales nucléaires et la gestion des déchets radioactifs. L’IAN demande à la Commission européenne de rejeter toute demande de subvention pour des centrales nucléaires et d’élaborer sans tarder un règlement destiné à harmoniser les critères de provisionnement sur la base des coûts réalistes et de le soumettre au Parlement européen et aux États membres.

Pendant des décennies, le public était bercé dans l’illusion que le nucléaire était sûr et bon marché. Depuis la catastrophe de Fukushima il est évident que même des centrales à technologie occidentale ne sont pas sûres. Entretemps il est aussi évident qu’aucune centrale nucléaire ne peut être construite sans engagement financier important de la part des pouvoirs publics. Il est toutefois choquant de voir que certains États se comportent très négligemment quant aux règles de provisionnement pour le démantèlement inévitable des centrales à la fin de leur durée de vie, dont les coûts sont ainsi répercutés sur la société. Si en Grande Bretagne 100% et en Allemagne 83% des montants à attendre d’ici 2050 sont déjà provisionnés, ce ne sont que 31% en France et 23% en Espagne. La situation des centrales en Europe de l’Est est encore plus dramatique. Au lieu des 4,3 milliards d’euros nécessaires, la Roumanie par exemple ou la Slovénie ont provisionné chacune uniquement 200 millions. La Tchéquie quant à elle trompe les citoyen/ne/s par des estimations extrêmement irréalistes quant aux coûts de déconstruction : au lieu des 1,06 milliards d’euros nécessaires, on n’y indique que 250 millions d’euros par unité.

Distorsion du marché de l’énergie

Ainsi non seulement les contribuables, qui auront un jour à financer ces dépenses, sont induits en erreur, mais aussi le marché de l’énergie s’en trouve faussé : des centrales régies par des règles de provisionnement moins rigides peuvent, bien entendu, se présenter sur le marché avec des offres plus avantageuses que leurs concurrents.

Si les centrales nucléaires n’étaient pas actuellement plus fortement subventionnées que les énergies renouvelables et si des critères de provisionnement étaient définis par voie législative, l‘énergie nucléaire ne serait depuis longtemps plus compétitive.

« Il n’y a aucune raison de soutenir financièrement des centrales aux technologies dangereuses et peu sûres et de leur permettre d’édulcorer le scénario au moyen de faibles provisions pour le démantèlement des centrales et la gestion des déchets. Cette escroquerie à l’égard des contribuables doit être stoppée sans tarder », demande Manfred Pils, Président de l’Internationale des Amis de la Nature.

Vienne, Bruxelles, 26 février 2016